Skip to content

Lost Les Disparus Fin Explication Essay

Cette sixième et dernière saison de Lost a commencé par des contributions de lecteurs avec la Lostweek. Elle a été largement animée par les commentaires (un peu plus de 5.000 au total) des uns et des autres. Il était logique qu’elle s’achève par le point de vue d’un lecteur, car si Lost fut une série, elle restera également (pour moi) une expérience humaine assez unique et pleine d’enseignements. Merci à tous les contributeurs et commentateurs pour leur fidélité, leur présence, leur goût pour le débat et leur passion. Ensemble, ils ont fabriqué des souvenirs et sans eux, les choses n’auraient pas été pareilles.

Ceci est la dernière note qui sera consacrée à l’histoire des naufagés du vol Oceanic 815. Namaste.

——–

Par Benjamin Campion

Tout miser sur un épisode final de 2h30 (dont 45 minutes de publicité à près d’un million de dollars le spot). Tel était le pari un peu fou de Carlton Cuse et de Damon Lindelof, l’hydre à deux têtes aux manettes de Lost. Une prise de risques maximale n’étant pas forcément pour déplaire aux dirigeants d’ABC, bien contents de proposer une soirée exceptionnelle de plus de cinq heures s’ouvrant sur une rétrospective complète avant de retrouver, dans la foulée du dénouement, de nombreux membres de la distribution ainsi que le compositeur Michael Giaccino sur le plateau du fidèle animateur Jimmy Kimmel.

Si chacun avait sa petite idée sur la question, nul ne pouvait définir de manière catégorique le sens de la « réalité alternative » (appelons-la ainsi), constituant l’une des trames principales de la quasi-intégralité des épisodes de la saison 6, avant de recevoir les clés du « big finale ». Il a donc fallu se laisser balader pendant quatorze épisodes (si l’on excepte les deux prequels consacrés, d’une part, à Richard Alpert, et d’autre part à Jacob et à son frère jumeau), en gardant fermement en tête que tout ceci était lié et que les réponses allaient bien finir par tomber tôt ou tard. Inconscience, ou marque d’une indéfectible foi en la fidélité de son public ? Cette optique narrative a en tout cas marqué une nette rupture avec les deux saisons précédentes. Celles qui ont – on peut l’affirmer aujourd’hui – fondé le mythe de Lost.

Puisque l’heure est aux flashbacks (jeu temporel des trois premières saisons), jetons un bref regard en arrière sur le changement de cap de la saison 4. En optant pour un renversement du concept initial à travers des flashforwards, le récit inversait l’angle du miroir tout en maintenant une incidence aiguë entre deux lignes de temps: le présent, dépeignant la confrontation sur l’île entre les rescapés et l’équipage du cargo Kahana, envoyé par Charles Widmore; le futur, relatant trois ans plus tard la déchéance des Six de l’Oceanic, confrontés à leurs mensonges et à leurs remords.

Outre son audace, le procédé avait l’avantage de rejeter toute rigidité, certains épisodes n’hésitant pas à brouiller les pistes en revenant sur des évènements ayant eu lieu après le crash, en navigant dans l’espace à travers les méandres de l’esprit torturé de Desmond ou en alternant imperceptiblement flashbacks et flashforwards au sein d’un même récit. Un exercice de style quelque peu hybride, mais qui brillait par sa simplicité d’assimilation (malgré tous les mystères entourant l’intrigue). L’un des tours de force était, en commençant par nous raconter la fin, de démultiplier le plaisir à voir se tracer un chemin dont on essayait constamment de deviner comment il allait prendre forme. Comme dans un bon vieil épisode de Columbo, en somme !

La saison suivante, plus complexe en termes de narration, s’appuyait pourtant elle aussi sur un postulat clairement établi: remonter à la source du crash de l’Oceanic 815, lorsque les troupes du Projet Dharma percèrent en juillet 1977 une poche d’énergie électromagnétique sur le chantier de construction de la station du Cygne. Ce qui obligea le malheureux Desmond à appuyer pendant des années sur le bouton, jusqu’à ce que… enfin, vous connaissez la suite. Là encore, si le fin mot de l’histoire était connu d’avance, tout le sel consistait à deviner quelle part allaient y prendre les nouvelles recrues Dharma, bientôt rejointes par les Six de l’Oceanic de retour sur l’île (hormis Sun, toujours dans le présent, et Aaron resté à Los Angeles).

La vérité est ailleurs

A l’instar de ces deux longs arcs apportant un flot non négligeable de réponses sans ménager pour autant leurs effets de surprise, la dernière saison de Lost semblait destinée à suivre le même chemin. Introduite à son tour lors du season finale précédent, l’intrigue centrée sur le conflit ancestral entre Jacob et son frère jumeau permettait d’introduire un nouveau mode narratif: la réalité alternative (ou flashsideways). L’Oceanic 815 se posait sans difficulté à Los Angeles, l’île était ensevelie dans les profondeurs du Pacifique, et les rescapés d’hier poursuivaient le cours de leur vie comme si rien ne s’était passé. A nous de faire le lien entre cette réalité tiède (difficile de la qualifier d’idyllique ou, au contraire, de cauchemardesque, si l’on se réfère à la vie à peu près ordinaire qu’y menaient Jack et consorts) et les péripéties des candidats sur l’île.

Alors pourquoi diable la magie des deux exercices précédents n’a-t-elle pas de nouveau opéré ? Pourquoi a-t-il fallu attendre que Lost sorte à l’occasion de son carcan pour vibrer aux soubresauts d’une œuvre ayant soulevé tant de questions et déchaîné tant de passion collaborative ? Tout simplement parce que les scénaristes ont, cette fois-ci, oublié de nous donner les clés. A l’entame de leur dernière étape, ils ont choisi de rompre le lien entre les deux lignes de temps présentées, ne délivrant que d’infimes indices susceptibles de nous amener (en risquant toutefois de se perdre en conjectures) à établir une connexion entre elles avant l’épisode final.

Un peu comme s’il fallait attendre une dizaine d’heures avant d’assister au twist final, destiné à changer la perspective de tous les évènements vus précédemment. A la manière de films fantastiques tels que Sixième sens, Les Autres ou Incassable… De quoi épuiser jusqu’aux plus assidus des théoriciens de la série, fans de la première heure ou newbies fraîchement convertis participant tant à l’émulation de ce spectacle interactif de début de XXIe siècle ? Peut-être bien. Même si les plus hardcore d’entre eux refuseront de concéder une quelconque baisse d’intérêt au long des 16 épisodes ayant acheminé le dénouement final, quand bien même appellerait-on Jack Bauer à la rescousse pour leur arracher le morceau.

Alors qu’ils avaient milité pour fixer à l’avance, en accord avec ABC, le nombre d’épisodes restant à tourner pour les trois dernières saisons, Carlton Cuse et Damon Lindelof ont donc oublié les contraintes du format série pour se mettre en mode cinéma, misant toute la légende de leur exposé sur un seul « film » de conclusion. L’avenir nous dira si cette option courageuse (ou téméraire) est à même de remettre en cause le vote de confiance d’ABC, susceptible de faire jurisprudence pour les feuilletons de demain.

« Nous voulons des renseignements ! »

Pour autant, on ne pourra pas reprocher aux têtes pensantes de Lost de ne pas avoir tenté d’apporter des réponses concrètes aux nombreux points d’interrogation entourant encore la série à l’entame de la saison 6. Certes, comme l’expliquait Pierre dans le Lostomètre de l’épisode 15: « Tout se passe comme si Cuse et Lindelof n’étaient pas parvenus à résoudre ce dilemme: offrir une réponse sans se sentir obligés de poser aussitôt une nouvelle question. Comme si, jusqu’au dernier moment, ils ne pouvaient s’empêcher de maintenir artificiellement un suspense. Comme s’ils étaient prisonniers de leur technique de narration« . La critique des mystères recouvrant d’autres mystères, héritage de X-Files souvent imputé à tort et à travers à l’écriture complexe de Lost, peut en effet difficilement être réfutée à la lumière de cette ultime saison.

Il est aussi amusant de constater comme les scénaristes se sont démenés jusqu’au bout pour ne pas céder de terrain sur certains détails (comme le prénom du frère jumeau de Jacob dans l’épisode Across the Sea), quand ils produisaient dans le même temps de louables efforts pour assouvir la curiosité des fans, aposant leurs mains sur des aspects tantôt cruciaux, tantôt plus anecdotiques du récit. Et si la réception de ces moments de vérité variait immanquablement en fonction de vos théories personnelles et de votre souci de réalisme, force est de constater que leur traitement suivit deux tendances bien distinctes.

La première, portant apparemment sur des points de l’intrigue chers aux scénaristes, consistait à intégrer les réponses à la trame principale du récit (la disparition de Claire), voire à fonder des prequels entiers, rompant avec le principe monolithique des flashsideways, sur leur mise en exergue: l’origine et l’immortalité de Richard, le lien unissant Jacob à son antagoniste, la naissance du monstre de fumée noire, ou encore l’identité d’Adam et Eve. Une énigme remontant tout de même au sixième épisode de la série !

L’autre solution, plus discutable, se contentait d’éclaircir des zones d’ombre au détour d’un dialogue (les auteurs des murmures d’outre-tombe) ou d’une scène tournée avec les moyens du bord. La construction de la roue gelée, l’échouage du Black Rock en pleine jungle, ou la destruction de la statue de Taouret, dont on pouvait attendre une mise en image d’une toute autre ampleur…

Il ressort de ces révélations protéiformes une incontestable honnêteté intellectuelle que l’on ne pourra s’empêcher, toutefois, d’estimer légèrement affaiblie par l’obligation d’assouvir l’avidité d’un monstre issu de sa propre imagination: le téléspectateur.

(A noter qu’une version « director’s cut » du series finale est d’ores et déjà annoncée en DVD pour ceux qui veulent en savoir plus.)

Réunion d’anciens élèves

Juste avant le grand final, Jacob révélait aux candidats toujours en lice que sa fameuse liste s’appuyait sur leur instabilité personnelle, sur leur solitude et sur leur quête d’un épanouissement inaccessible, rayant finalement le nom de Kate quand celle-ci devenait la mère adoptive d’Aaron. Voilà typiquement le genre de réponse « attendue » (dans le mauvais sens du terme) qui, bien qu’ayant le mérite d’être clairement exprimée, se sera avant tout attelée à consolider le cycle entre les saisons 1 et 6, asseyant l’idée d’une île rédemptrice donnant un réel sens à la vie des élus.

Un caractère cyclique confirmé par l’une des premières affiches promotionnelles de la saison 6, révélant de nombreux visages connus des téléspectateurs qui allaient faire leur réapparition au cours de cette parade finale. La faute à une réalité alternative ouvrant le champ de tous les possibles. Même celui de retrouver en chair et en os Charlie, héros sacrifié sur l’autel de la saison 3 avec les mots « Not Penny’s boat » écrits au feutre sur la main gauche: l’une des scènes les plus bouleversantes de l’histoire de la série, avec le coup de fil de Desmond adressé à la même Penny depuis le Kahana, ou la séparation des mains (rappelant celles du générique de Six Feet Under) de Sun et de Jin dans The Candidate.

Outre « l’oubliée » Claire, disparue de la circulation depuis la fin de la saison 4, ce sont également les visages de Michael, de Boone, de Shannon, d’Alex et de Danielle Rousseau, d’Ana Lucia, de Libby, de Charlotte, de Faraday, de Christian, de Bernard et de Rose qu’on allait revoir, le plus souvent le temps de brèves scènes n’influant pas sur le cours du récit. Le repas de famille prenait même des allures de banquet avec la réapparition de cousins plus éloignés tels qu’Ethan, Keamy, Pierre Chang, Mikhail, Minkowski, Nadia, Anthony Cooper, Roger Linus ou Leslie Arzt (l’homme qui se faisait exploser à la dynamite lors de la conclusion de la saison 1, imité par Ilana au deuxième tiers de la saison 6: tiens donc, encore une piqûre de rappel…). La famille Lost réunie au grand complet, c’était l’occasion idéale pour tirer un portrait d’ensemble sans risquer de froisser une quelconque sensibilité: ni celle des acteurs d’hier, ni celle des téléspectateurs nostalgiques.

Le calme après la tempête

En délivrant eux-mêmes le plus gros spoiler de la série depuis sa création, Carlton Cuse et Damon Lindelof laissaient donc pour un temps de côté leur paranoïa (compréhensible) caractérisée par le tournage de plusieurs fins de saison alternatives ou par le cryptage de leurs réponses lors des podcasts officiels ou des sessions au Comic-Con. Dans le même temps, ils mettaient sur la touche l’un des éléments essentiels de leur système de jeu: Benjamin Linus, révélation de la saison 2 devenue depuis une référence en matière de manipulation à la télévision (et au-delà), mais quasiment invisible la majeure partie de la saison 6. Un choix surprenant…

Hormis ce coup de canif dans leur cahier des charges, dès lors que l’Oceanic 815 eût posé ses roues sur le tarmac de LAX, les showrunners de Lost entendaient bien démontrer qu’ils en avaient fini avec les expérimentations hasardeuses (et donc risquées) des deux saisons précédentes. Plus question de déplacer l’île, d’intégrer des rescapés au Projet Dharma, de faire sauter le disque du temps ou de présenter trois incarnations distinctes de John Locke au sein d’un même épisode. L’heure était à la sagesse, à la réponse aux attentes des fans et à la confortation d’ABC dans ses choix périlleux.

D’où une sensation dégrisante de calme après la tempête, marquée par des flashsideways pour la plupart condensables, sans rythme et sans saveur particulière, si ce n’était de deviner quel faciès connu allait se présenter à nous dans un rôle analogue ou aux antipodes du précédent. Un jeu de connivence qui atteignait rapidement ses limites, quand il servait plus de clin d’œil appuyé que de clé ouvrant un nouveau coffre-fort. Deux entorses à ce train-train devenu hebdomadaire marquaient toutefois une volonté de rupture: Ab Aeterno et Accross the Sea, ou le retour aux sources de la mythologie à travers les naissances sur l’île de Richard Alpert, de Jacob et de son frère jumeau. Imaginer la tournure qu’aurait pu prendre une saison finale de Lost entièrement axée sur ce mode narratif donne le tournis. Mais les démiurges de cet Othello déjà redoutable d’indécision ont préféré s’éviter quelques maux de tête supplémentaires…

Jeu de miroirs

Concevoir une série comme une boucle, constituée de cycles gravitant selon un diamètre exponentiel autour d’un satellite situé en zone médiane (en l’occurrence, entre les saisons 3 et 4), a quelque chose d’un peu extrême. A l’image des qualificatifs que peut susciter cette technique inédite, dans de telles proportions, à la télévision: géniale, si l’on avise sa propension à relater des faits similaires sous de multiples angles, sans devoir réexposer le contexte à des téléspectateurs dont on sollicite sans cesse la mémoire ; suffisante, si l’on considère que réexplorer à maintes reprises sa propre histoire finit par tourner à l’autocitation, au remplissage de quotas et au refus d’aller de l’avant.

Même si elle s’accompagnait du risque de ne plus bénéficier des effets de surprise inhérents aux destins croisés des différents Losties, la décision implicite de se retourner vers la saison inaugurale au moment d’attaquer la dernière ligne droite témoignait d’une réelle cohérence d’écriture. Les saisons 3 et 4 jouaient elles-mêmes en vis-à-vis sur le départ et le retour sur l’île, ainsi que sur la confrontation entre les rescapés et l’équipe envoyée par Widmore. Quant aux saisons 2 et 5, elles s’accordaient sur l’utilisation des flashbacks, sur l’autorité des Autres et sur l’apparition de la statue.

Le problème, c’est que seuls quelques épisodes de la saison 6 (Lighthouse, Happily Ever After, The Candidate, What They Died For) se risquaient à injecter du rythme et des rebondissements à une narration jusqu’ici bien docile. Et qu’à force de multiplier les retours d’anciennes têtes connues plutôt que d’en faire tomber, on en oubliait presque de maintenir les sens du téléspectateur en alerte… Et quand le couperet s’abattait, c’était par paquets de trois (Sayid, Sun et Jin dans The Candidate) ou presque (Widmore et à son acolyte Zoe) !

L’émotion aurait-elle submergé Carlton Cuse et Damon Lindelof au moment de dire au revoir aux héros qui ont accaparé leurs jours et leurs nuits ? Jusqu’au dernier moment, au cours de cette ultime saison, ils ont donné l’impression de ne vouloir froisser personne, respectant leurs classiques à la lettre (Star Wars et Indiana Jones, bien sûr; mais aussi Le Seigneur des anneaux de Tolkien, Le Fléau de Stephen King et des milliers d’autres) et rendant des copies soigneusement rédigées, sans aucune rature dans la marge. Quand il revint à Jack, le héros désigné de la série, d’annoncer sa décision de succéder à Jacob en tant que protecteur de la lumière de l’île, on pouvait presque sentir le poids de l’histoire de la saga fantastique sur ses épaules.

The End

S’enfuir sur une île déserte, échapper à tout ce tumulte et accrocher quelques notes d’explications sibyllines à la patte d’un pigeon voyageur, telle est peut-être l’idée qui s’est installée de manière lancinante dans l’esprit des showrunners au moment de clore leur gigantesque puzzle. Trancher la gorge de son récit, comme pour dire: « Vous voyez, on vous a bien eus ! » Et puis, se laisser immerger par la lumière blanche, l’esprit en paix.

Le « film » de conclusion de Lost (allongé d’une demi-heure, pour durer au total 1h45 – sans les publicités), sobrement intitulé The End, est une pirouette. Une échappatoire. Une tresse de Na’vi vous transférant des données codées et vous sommant de les déchiffrer vous-même. Le moyen d’insinuer dans votre esprit embrouillé, sans jamais les prononcer, des gros mots tels que purgatoire ou rédemption. Ceux-là même que vous refusiez d’entendre, les considérant trop pratiques ou réducteurs, si vous portiez un attachement particulier à ce que chaque énigme trouve sa solution. Des termes qui, au contraire, berçaient votre âme si vous placiez plus d’attentes dans le trip lui-même que dans la destination finale.

Peu importent, finalement, la statue de Taouret, les pouvoirs paranormaux de Walt, le décès des femmes enceintes, les intentions réelles de Charles Widmore et d’Heloise Hawking, ou le prénom du frère jumeau de Jacob. Peu importe de savoir pourquoi celui-ci désirait tant quitter l’île, au risque de faire sauter le bouchon de la carafe maintenant l’équilibre de la vie (ou autre chose, c’est à vous de deviner…), pourquoi il devenait faillible lorsque Desmond retirait le siphon de l’île ou pourquoi Jacob avait tant besoin de candidats pour lui succéder. « Tout ceci n’est que du progrès », nous chuchotent à l’oreille les géniteurs de Lost. Ils risquent d’en entendre parler encore un bout de temps. Chris Carter en a encore les oreilles qui sifflent…

Memento mori

Si Claire Fisher jetait un dernier coup d’œil dans le rétroviseur pour dire au revoir à son frère aîné, ce n’était que pour mieux rouler vers une vie d’adulte et une existence de femme. A l’inverse (et c’est sans doute ce qui confère une toute autre nature aux larmes versées), Lost aura suivi jusqu’à son dernier soupir, selon un systématisme quasi maniaque, sa logique d’œuvre nostalgique tournée vers le passé. Jouant, en point d’orgue, sur la présentation sous forme de clips issus des saisons précédentes des résidus mémoriels de nos chers Jack, Kate, Sawyer et consorts. Autant dire que les monteurs du grand récapitulatif diffusé avant l’épisode final sur ABC s’étaient fatigués pour rien…

Les thématiques prédominantes, celles d’amours qui ne meurent jamais et de cercles familiaux qui se recoupent pour ne plus former qu’une seule et même entité, éteignent donc à jamais toute velléité de prouesse narrative tout en accélérant, paradoxalement, le processus de sevrage. « Aime ton prochain comme toi-même« , telle est la parabole surannée dont il faudra savoir se sustenter. On comprend mieux, à l’énoncé de ces mots simples et universels, comment les showrunners pouvaient affirmer connaître le fin mot de l’histoire dès ses prémisses. Certains affirment même, mais cela reste du domaine de l’affaire « non classéee », que le series finale aurait été écrit quelques mois seulement après le pilote.

Avant d’entrer à notre tour dans la lumière, accordons un bon point à ceux qui avaient anticipé le premier plan de la série comme étant aussi celui qui allait la clore. Il fallait y penser… Une mention spéciale à ceux qui avaient prédit un rêve de Vincent, le chien. Pas loin, dudes ! Un bon courage aux équipes de Lostpedia pour apporter un mot final à tous les points restés en suspens (il va falloir faire preuve d’imagination !). Et un grand merci à vous tous, chers ours polaires, pour avoir enflammé le Lostomètre et offert dans une soif commune de partage vos théories passionnantes. Car c’est peut-être cela, en définitive, « l’expérience Lost »: la naissance d’une communauté.

Signaler ce contenu comme inapproprié

Cette entrée a été publiée dans Lost. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien. |

   La fin de Lost avec le dernier double épisode initulé "The End" fait couler beaucoup d'encre. Il semblerait que de nombreuses personnes aient été déçues par ce final. Peut-être certains l'ont mal comprise, et peut-être que d'autres en attendaient beaucoup trop. Allez savoir. Toujours est-il que pour moi, ce final est totalement réussi et clôt la série de manière sublime. Voici comment j'ai compris ce final.

 

Indice Spoiler :  

 

Attention, cet article dévoile la fin de la série de façon très explicite. Il serait idiot de se gâcher le plaisir en lisant tout ça !

 

 

-> Lire la suite...

    Premièrement, je pense que beaucoup trop de fans "hardcore" attendaient des réponses à des questions totalement inutiles. Ce qui a poussé les scénaristes à parfois donner des réponses assez ridicules, comme la destruction de la statue. Honnêtement, avait-on réellement besoin de savoir comment elle avait été détruite ? Les fans se sont-ils creusé la tête au point de vouloir des explications à des choses si futiles ? Quand je lisais les questions et théories de certains, il y avait de quoi rire. Ce sont les égyptiens qui ont construit la statue et le temple ? Quand ? Comment ? Franchement, on n'en a rien à faire. Lost a toujours été une série basée sur les personnages du crash, et ça n'est pas allé plus loin. Il n'y avait pas besoin que ça aille plus loin. Qui sont les gens qui ont tiré sur la bande à Sawyer dans les pirogues ? Ca aussi, on s'en moque complètement. Beaucoup accusent les scénaristes de ne pas donner assez de réponses. Moi, j'accuse clairement les fans d'avoir posé trop de questions inutiles. Pour moi, les seuls questions importantes qui n'ont pas été résolues sont :

          ∎ Pourquoi Jacob a-t-il fait graver les numéros maudits sur le bunker ?
          ∎ Pourquoi avoir laissé tomber Walt ?


    Mais je reviendrai sur ces questions dans un autre article, afin de résumer les mystères résolus.

    Deuxièmement, je disais qu'à mon avis, certaines personnes n'ont pas compris la fin correctement. Je ne comprends pas ceux qui pensent que tous les survivants seraient en fait morts dans le crash, c'est absurde. Tout ce qu'on a vu sur l'île, sur les autres, sur le retour des Oceanic 6, tout ça est réel, c'est incontestable. Ce sont juste les FlashSideways (FS) qui sont vraiment géniaux, à mon goût, car on nous a baladé pendant toute une saison avec l'histoire de la bombe H et on a bien été surpris.

      I - Les Flash-Sideways

    Pendant toute la saison, on s'est demandé ce qu'étaient ces bon diou de putain de flashs. C'est quoi ce bordel ? Les réalisateurs et scénaristes ont été très malins (comme toujours) : ils nous ont fait croire que c'était une seconde réalité issue de l'explosion de la bombe par Juliet. Il n'est en rien. Et nous avons tous été sur le cul. Beaucoup ont été déçus, ce qui est compréhensible, mais après réflexion, cette fin s'impose comme logique et absolument magnifique, et offre à tous les personnages une fin soignée et digne de ce nom. La bombe n'a, en fait, absolument rien provoqué. Faraday avait tort. Ils sont restés sur l'île, et certains y sont morts. On ne pouvait pas changer le futur.

    Mais alors, que viennent foutre ces flashs ici ? On a la réponse dans les dix dernières minutes : les flashs sont tout simplement un lieu où tous les personnages morts se retrouvent. Selon Christian, les personnages ont créé eux-mêmes ce lieu afin de s'y retrouver après la mort. Mort qui aura été, pour la plupart d'entre eux, sur l'île (notamment Jack avec une scène finale absolument GENIALE où il meurt à l'endroit où il était arrivé. Son oeil s'ouvre à la première seconde de la série, et se referme à la toute dernière. Quoi de plus beau pour conclure cette série ?).

    Bref, certains sont morts sur l'île, et d'autres, bien après (comme Kate, Lapidus & Co, partis avec l'avion). Mais peu importe QUAND ils sont morts, puisque d'après Christian, "ici, il n'y a pas de 'quand', il n'y a pas de 'où' ", en gros pas de temps ni de lieu. C'est une place où leurs consciences ont été transportées, après leur mort, où chacun retrouve son âme soeur. Car oui, comme le souligne encore Christian, "l'île a été la chose la plus importante dans toutes vos vies", sous-entendu : vous êtes réunis à nouveau, comme vous l'étiez sur l'île. Et là-dessus, ils ne peuvent repartir qu'ensemble. Car, comme ça a été répété si souvent dans la série "we die alone, live together". Ils sont morts seuls, et ont eu besoin de tous se retrouver pour "avancer" (let go), vers une vie après la mort.

    C'est pour ceci que Desmond s'est cassé le bol à réunir tout le monde : pour que chacun comprenne où il est, qu'il est mort, et que chacun rencontre les bonnes personnes afin de se souvenir de leur vie. Eh ouais Brotha' ! Et bon sang, les scènes sont vraiment sublimes, perso j'en ai rien à faire que certains mystères de l'île restent flous, on a eu du sacré épisode avec de l'émotion, des frissons, et une fin sublime pour chacun d'entre eux. Juliet et Sawyer qui se retrouvent, ce fut absolument magnifique... Expliquant du même coup pourquoi Juliet, avant sa mort, dit à Sawyer, dans un état de délire "Allons prendre un café ensemble... on fera moitié-moitié". Eh bien non, ce n'était pas du délire. C'est mot pour mot ce qu'elle vit dans le Flash-Sideway lorsqu'elle retrouve Sawyer, et merde que c'est beau.





    Les retrouvailles Charlie/Claire/Aaron, Jack/Locke, Jack/Kate, Desmond/Penny (dans l'épisode 11), Jin/Sun, Hurley/Libby, Sayid/Shannon, tout ça est tellement beau. Surtout le couple Sawyer/Juliet qui est à mon goût le moment le plus émouvant de toute la série, toutes saisons comprises. Le tout avec des musiques géniales de Michael Giaccino, vraiment un des emblèmes de cette série...

    Et pour finir, tout le monde se souvient de sa vie, tout le monde comprend où il est. Sauf Jack qui a du mal à l'accepter et doit attendre la révélation de son père. Ce qui le clouera sur place autant que nous, spectateurs.

    Et ensemble, ils peuvent enfin avancer, ils peuvent enfin s'en aller, chose qu'ils ne pouvaient pas faire avant.

    Alors pourquoi n'y a-t-il pas Michael ? Parce qu'il est condamné. Il fait partie des "murmures" de la forêt, il doit la hanter et plus ou moins payer pour ce qu'il a fait.

    Pourquoi Ana Lucia n'est pas prête ? Pourquoi Ben n'est pas prêt ? On ne sait pas pourquoi, mais il n'est pas difficile de l'imaginer : ils n'ont pas encore trouvé leur âme soeur, ils ne sont pas prêts à partir. On imagine très bien que Ben va devoir provoquer des flashs dans l'esprit d'Alex et de Danièle Rousseau, afin qu'elles comprennent à leur tour et qu'ils puissent partir ensemble... C'est bien parti pour lui. Voilà pour ces FS.



      II - L'ïle

    Concernant le reste de la série et les solutions non apportées, moi je vois ça comme ça : si on nous avait donné des réponses précises, on aurait été forcément déçus. Ce qui est mystérieux doit le rester, sinon ça perd toute sa saveur. Et honnêtement, je suis amplement satisfait par les réponses apportées et par l'histoire de l'île et du face à face Jack/Noname qui ont été développés dans ce dernier double épisode. Le combat entre Jack et "Locke" était des plus passionnants. On se demandait bien comment Jack allait réussir à tuer la fumée noire, et on a bien compris ! Ca coule de source... Enfin, pas pour tous. Il demeure certaines personnes qui n'ont pas compris non plus cette partie là du final. Bon, alors je vais essayer de récapituler vite fait :

    Pour moi, le mystère de l'île a été à moitié résolu. On sait que l'île est importante, très importante, car elle recèle une "lumière", qui ne doit pas s'échapper. Dans cette lumière, il y a un peu de tout : de la vie, de la mort, de la renaissance, comme le dit la mère de Jacob et de Noname (dont on ne saura jamais le nom, si toutefois il en avait un).

    Au tout début, quelqu'un a choisi de protéger cette lumière, car si elle s'échappe, c'est "fini", notre monde est terminé. La fin des temps, en gros. Cette personne (le tout premier Jacob) a voulu protéger la lumière des personnes qui voulaient s'en emparer (car, oui "cette lumière est en chacun de nous, mais les hommes veulent toujours beaucoup plus que ce qu'on leur donne", dixit la Mother). Chaque protecteur passe ainsi la main à un autre protecteur, et c'est ainsi que notre bien-aimé Jacob a pris un jour les pleins pouvoirs. Mais en faisant ceci, il a donné naissance à un monstre en balançant inconsciemment son frangin dans la lumière. La lumière, c'est "la vie, la mort, la renaissance". En plongeant là-dedans, le frangin est donc mort physiquement, mais sa conscience a changé de corps pour se tranformer en fumée noire. Depuis, il peut à sa guise changer de forme pour influencer les gens (et il serait absurde de demander une explication rationnelle dans cette série pourtant bien fantastique).

   Jacob sait que Noname ne doit pas quitter l'île, car ça serait échapper une grande partie de la lumière, et il parait que ça n'est pas bon, alors...

   Jacob a alors rameuté plein plein de monde sur l'île afin d'empêcher Noname de partir. Et pourquoi pas, le tuer. Et, aussi, il lui fallait trouver un successeur pour continuer de protéger la lumière. C'est ainsi qu'il a choisit des candidats, qu'il a amené "les Autres" sur l'île, le projet Dharma, etc., peut-être pour en savoir plus sur ça. Cette lumière, visiblement, est une chose précieuse qui induit certaines règles posées par Jacob. Car le protecteur choisit ses propres règles. Et apparemment, dans ces règles, Jacob et Noname ne peuvent pas s'entretuer ni tuer des candidats directement. Mais, par un tour de force incroyable, Noname réussit à éliminer Jacob en influençant, notamment, Ben et Locke (c'était "la faille").

    Voyant ça, Jacob décide de parler une dernière fois aux candidats pour trouver un remplaçant : Jack.

    Mais mais mais mais mais ! Qu'est-ce qu'il va faire, le Jack ? Eh bien il a une idée en tête, et visiblement c'était aussi l'idée de Jacob : à savoir utiliser Desmond.

    Eh oui, car on le sait maintenant, la "lumière" n'est autre que l'électromagnétisme dont on nous a rabâché les oreilles pendant 4 saisons, l'électromagnétisme que la Dharma étudiait. Que Faraday étudiait. Un phénomène qui est très puissant, car il permet de faire des choses incroyables, notamment des voyages de la conscience à travers le temps, l'espace, voire l'au-delà.

    L'électromagnétisme, cette "lumière", est ce qui constitue l'énorme force de la fumée noire, schaa capacité agaçante à ne pas mourir. Jack va donc suivre le plan de Jacob : il faut éteindre la lumière pour que Big Monster perde ses pouvoirs. C'est ainsi qu'il va pouvoir être tué.

    Mais mais mais ! Ce n'est pas si facile d'aller éteindre la lumière, et oui ce n'est pas non plus l'interrupteur de la cuisine. Pour l'atteindre, il faut aller dans la grotte et s'exposer de très près à un champ électromagnétique si puissant qu'on ne peut pas en ressortir indemne. Tout le monde est sensible à un tel champ, et bien souvent c'est la mort qui survient. Rappelons-nous de la mort de Charlotte après de nombreux "flashs de lumière", entre autres. En gros, personne ne peut aller dans la grotte. Personne à part Desmond. Car Desmond est spécial. Desmond résiste à un fort taux électromagnétique, il a été ramené pour ça, par Jacob et Widmore. Dans ce but. C'est donc Desmond qui se charge du boulot. Il rentre dans la grotte et "éteint" la lumière. Noname est privé de ses pouvoirs, il est tué par Kate et Jack, ce dernier va alors rallumer la précieuse lumière et c'est la fin de l'histoire.


    MAIS ce que je pense surtout, et ce que la série essaye de nous dire, c'est que merde, on s'en fout de cette île, on s'en fout de Dharma, ce ne sont que des détails. L'important, ce sont les personnages, ce qu'il est advenu d'eux. L'île n'a pas été un tournant dans leur vie à proprement parler, ce sont leurs rencontres qui l'ont été. Et c'est en ceci que la fin est magnifique.





    Je ne suis absolument pas déçu par cette fin, et pour moi Lost restera LA meilleure série (n'en déplaise à certains), avec toujours des surprises, de très grosses surprises, jusqu'à la toute fin. Car, il faut bien l'avouer, cette dernière saison fut un ultime coup de maître à travers ses "Flash"...




       Voir aussi :Lost - LA X 6x01 & 6x02,Lost - What Kate Does 6x03,Lost - The Substitute 6x04.