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Dissertation Sur Leuthanasie Pour Ou Contre Ladoption

Peu de pays dans le monde ont légalisé l’euthanasie et le suicide assisté. L’euthanasie est une pratique visant à provoquer, par un médecin ou sous son contrôle, le décès d’un individu. Elle doit être différenciée de l’aide ou du suicide assisté, car attention, ce n’est pas la même chose : le suicide assisté, lui, ne vise qu’à fournir les moyens nécessaires à une personne pour qu’elle se donne elle-même la mort.

Ainsi, l’euthanasie entraîne des débats passionnés dans les pays qui sont tentés par la légalisation. La Belgique, les Pays-Bas, le Canada et certains États américains ont sauté le pas et autorisé la pratique dans un cadre strictement défini. En France, l’euthanasie, tout comme le suicide assisté, demeurent proscrits par la loi. En revanche, la loi Léonetti de 2005 prévoit l’interdiction de l’acharnement thérapeutique : le patient peut décider l’arrêt des traitements pour éviter le prolongement de ses souffrances. Est-ce suffisant ? Doit-on légaliser l’euthanasie ? Lisez nos arguments Pour et Contre pour vous faire votre propre opinion.

Les arguments Pour

Les arguments Contre

Laisser le choix au patient

Choisir le moment et les conditions de sa mort. C’est un des principaux arguments avancés en faveur de l’euthanasie, notamment par les patients atteints de maladies incurables. Ces derniers sont souvent les plus ardents défenseurs d’une mesure qui, selon eux, serait un moyen de reprendre contrôle sur leur existence et de récupérer leur souveraineté. Jean-Yves Goffi, professeur de philosophie à l’université Pierre Mendès France à Grenoble, spécialiste des questions de bioéthique, revenait en 2008 sur la question de l’euthanasie pour le journal Le Monde, notamment suite au décès de Chantal Sébire, une femme souffrant d’une maladie incurable et rare. « L’argument fondamental, affirme-t-il, se situe sur le droit ou non de disposer de sa vie. C’est l'argument libéral de la souveraineté sur soi-même. Il est tyrannique de limiter la liberté d'action d'un individu qui, agissant en toute connaissance de cause, ne fait aucun tort aux autres ».

Chantal Sébire revendiquait en 2011, dans une interview pour le journal LeMonde, le droit pour le patient de « décider de sa mort, en accord avec son médecin traitant et après décision d’un comité médical ». « C’est moi la seule souffrante, argumentait-t-elle, c’est à moi de décider. J'attends déjà la mort au jour le jour, elle peut venir à tout moment, c'est comme une épée de Damoclès. Je réclame simplement le droit de pouvoir l'anticiper ».

Ainsi, la volonté du patient est considérée comme une dimension particulièrement importante du débat. Si l’on en croit le rapport du Comité consultatif national d’éthique, dont l’objectif est de poser un regard éthique sur les évolutions sociétales et de formuler des recommandations utiles au législateur, le constat sur la fin de vie en France est accablant. Il y aurait une nécessité de « donner la plus grande importance aux paroles et aux souhaits des personnes malades en fin de vie, et de faire en sorte qu’elles soient entendues dans leur situation d’extrême vulnérabilité ».

Éviter des souffrances inutiles

En cas de maladie grave et incurable, le patient souffre atrocement et vit un véritable calvaire. Parfois, il demande à mourir pour se libérer de ses peines, car la mort est vue comme une délivrance tant la vie est devenue atrocement dure à supporter. C’est là que l’euthanasie peut intervenir. « La mort, un combat perdu d’avance » explique le chirurgien américain Atul Gawande dans son livre « Being Mortal ». Atul Gawande évoque les expériences de sa famille, de ses amis et de ses patients avant de conclure à l’importance du « vivre bien » face au « vivre plus ». Il s’agit de rendre la période de fin de vie moins difficile, à la fois pour le patient et pour sa famille. Il existe ainsi deux types de souffrances : la souffrance physique, insoutenable mais qui peut être allégée grâce aux soins palliatifs, et la souffrance psychique due au fait de voir son autonomie amoindrie, créant une incapacité d’agir et une dépendance, et dont le traitement s’avère plus complexe.

Souvent, la famille du patient elle-même réclame à ce que la vie soit abrégée, comme lors de l’affaire Vincent Humbert en 2003. Le jeune homme, victime d’un accident de la route qui le laisse sourd, muet et tétraplégique, écrira au Président de la République afin de faire valoir son droit à mourir et le délivrer, lui et sa mère, des souffrances quotidiennes causées par la situation. L’euthanasie, ainsi, apparaît comme « le moyen ultime de se libérer des chaînes de la souffrance » comme l’explique cet article dans TheConversation. « Quand la personne a exploré tous les moyens à sa disposition pour combattre la douleur sans parvenir à la faire taire, le suicide peut en effet lui apparaître comme une solution ».

Francetv Info laisse en 2012 la parole à Nicole Boucheton, alors vice-présidente de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Selon elle, « euthanasie et soins palliatifs doivent être complémentaires. Parfois, les soins palliatifs ne suffisent pas à traiter la douleur physique. Quant aux souffrances psychologiques causées par une maladie incurable, nous considérons qu'elles sont à prendre en compte avec autant d'importance. D'où l'idée que l'euthanasie pourrait s'appliquer à des personnes qui craignent de devenir paralysées ou, par exemple, à des malades d'Alzheimer qui savent qu'un jour, ils ne reconnaîtront plus leurs enfants ».

Dans certains autres cas de figure, à l’image de la récente affaire Vincent Lambert, un feuilleton judiciaire qui continue inlassablement, les membres d’une même famille s’affrontent pour favoriser ou empêcher le débranchement du patient qui n’a plus la capacité de décider.

Respect du principe de dignité de l’être humain

Selon l’article 16 du Code Civil, « La loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l'être humain dès le commencement de sa vie ». Les principes de liberté et de dignité de l’être humain sont souvent brandis par les tenants d’une légalisation de l’euthanasie, puisqu’elle répondrait à un désir de liberté et de dignité de l’individu. Selon cet article publié dans TheConversation par Hugo Melchior, doctorant en histoire politique contemporaine à l’Université Rennes 2, l’idée n’est pas que la société puisse décider elle-même du sort de chaque malade : « Il ne s’agit nullement, ici, de décréter ce que serait une vie « digne ». Chacun en construit sa conception subjective. Il n’est pas question d’aider une personne à mourir prématurément sans avoir obtenu préalablement son consentement réitéré et explicite, que ce soit par oral ou par écrit ». Ainsi, l’idée est de permettre à chaque patient de déterminer à partir de quel moment sa vie devient indigne d’être vécue.

Selon l’association pour le droit de mourir dans la dignité, qui milite depuis plusieurs décennies pour fournir à chaque individu les conditions de sa propre fin de vie, “il n’y a pas de principe supérieur dans notre République qui oblige les patients en fin de vie à vivre leurs souffrances jusqu’au bout.”

Un encadrement des pratiques officieuses

« Enfin des chiffres objectifs sur la réalité de la fin de la mort en France », claironne un article de Slate publié en 2012 à propos de la publication d’une étude de l’Ined (Institut national des études démographiques). Si le rapport souligne que la pratique de l’euthanasie reste rare, les actes d’euthanasie (« mettre fin à la vie d’une personne malade à sa demande ») représentent 0,6 % du total des décès, dont 0,2 % sont pratiqués en administrant délibérément une substance pour mettre fin à la vie ». L’euthanasie est donc une pratique officieuse, quoique rare, qui nécessite un cadre réglementaire. De nombreuses affaires médiatisées viennent jeter une lumière crue sur cette pratique, à l’image de l’Affaire Vincent Humbert, un jeune homme victime d’un accident de la route et dont la mère provoquera, à l’aide d’un médecin, le décès en 2003.

Les tenants d’une légalisation de l’euthanasie réclament un cadre strict à l’image de la règlementation belge, qui autorise l’euthanasie si le patient remplit les nombreuses conditions (déclaration anticipée de volonté, situation médicale sans issue, une souffrance physique ou psychique insurmontable… entre autres). En Suisse en revanche, seul le suicide assisté a été légalisé, c’est à dire qu’un tiers ne donne pas la mort au patient : ce dernier se voit simplement fournir les moyens de se suicider. Selon cet article du Figaro, les Français sont de plus en plus nombreux à se rendre en Suisse afin de bénéficier de la législation sur le suicide assisté : leur nombre a presque triplé entre 2009 et 2012, passant de 7 à 19 cas.

Une volonté de la population

96% des Français seraient favorables à l’euthanasie, selon un sondage Ifop réalisé en 2014 pour l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). Ce chiffre écrasant montre que la demande sociale est forte. Dans le détail des résultats, indique l’Ifop, on observe que « l’approbation de l’euthanasie est de plus en plus forte avec l’âge : si seuls 83% des 18-24 ans sont favorables à la fin de vie volontaire, cette proportion atteint 93% chez les 65 ans et plus ». Ainsi, on peut dire que l’approbation de l’euthanasie augmente de concert avec les risques de perte d’autonomie et de maladie grave.

La vie, c’est sacré

« Je ne provoquerai jamais la mort délibérément » est une phrase prononcée par tous les médecins avant de commencer à exercer. C’est le Serment d’Hippocrate, sans valeur juridique mais à la symbolique forte. Alors si l’euthanasie est le fait de donner délibérément la mort au patient, n’est-ce pas contraire au Serment d’Hippocrate ? Louis Puybasset, directeur de l'unité de neuro-réanimation chirurgicale du groupe hospitalier Pitié-Salpétrière, prenait en 2012 la parole dans le journal LeMonde. « Se prononcer en faveur de l'euthanasie, affirme-t-il, consiste à vouloir légaliser l'injection létale de barbituriques et de curares. Il s'agit en pratique d'exiger du personnel soignant qu'il donne activement la mort, c'est-à-dire qu'il arrête le cœur du malade pour traiter sa souffrance ». L’euthanasie, conclut le médecin, n’est pas la solution au mal mourir.

L’euthanasie remettrait en cause l’interdit du meurtre, ce qui, d’un point de vue religieux, est la remise en cause d’un fondement de nos sociétés. Dans une intervention pour le Pèlerin, hebdomadaire catholique français très engagé sur la question, Bernard-Marie Dupont, docteur en médecine, en génétique et en philosophie affirmait que « tuer est un interdit fondamental dans nos sociétés. Exiger une loi qui obligerait les médecins à donner la mort soulève d'énormes questions. Pourquoi prendre « en otage » ceux qui ont prêté serment de ne jamais provoquer la mort délibérément ? ». L’euthanasie suscite ainsi une opposition forte de la part de certains médecins qui rapprochent l’euthanasie de l’assassinat.

L'euthanasie, une facilité

Aux Pays-Bas, où l’euthanasie est légale depuis plus de 15 ans, une enquête a été réalisée auprès de 500 médecins pour mettre en lumière ce qu’ils ressentaient concernant la pratique de l’euthanasie. Le site francophone Génétique revient sur les résultats : « l’euthanasie apparaît de plus en plus comme un substitut à la mort naturelle, comme une solution de facilité qui séduit de plus en plus de patients qui ont peur de la mort et qui, de plus en plus souvent, ne sont pas en fin de vie ». Pire, les partisans d’une légalisation de la pratique auraient un « souci de rentabilité économique ».

Dans un entretien pour Le Figaro, Damien Le Guay, philosophe et vice-président du Comité national d’éthique du funéraire, auteur de « Fin mot de la vie, contre le mal mourir en France », évoque l’existence d’une euthanasie économique. Une euthanasie « plus sordide, moins avouable. Il y a un an un vice-premier ministre japonais (avant de faire machine arrière) avait fait le constat que 50% des dépenses de santé de son pays intervenaient dans les dernières semaines de la vie. Ce qui est vrai au Japon l'est aussi en France. Il avait suggéré que, par devoir civique, les japonais «devraient» avancer de quelques semaines leur mort. Ainsi l'Etat ferait de considérables économies. ». L’euthanasie économique, arguments inavouable des partisans d’une légalisation ? Damien le Guay conclut : « On nous fait croire que le progrès est ce côté-ci, que la liberté «moderne» est de ce coté-ci, que l'euthanasie va régler tous les problèmes. »

Des soins palliatifs suffisants

Selon la société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), « Les soins palliatifs sont des soins actifs délivrés à une personne atteinte d’une maladie grave, évolutive ou terminale. L’objectif des soins palliatifs est de soulager les douleurs physiques et les autre symptômes, mais aussi de prendre en compte la souffrance physique, sociale et spirituelle ». Ainsi, les soins palliatifs viennent mettre un terme à la souffrance du patient mais ne sont pas supposés provoquer son décès, même s’il arrive qu’ils rapprochent le décès. Selon l’ASP, association qui milite pour le développement des soins palliatifs et refuse l’euthanasie. Le discours de l’association consiste à souligner le caractère complet des soins palliatifs qui visent à atténuer et si possible, faire disparaître, la douleur physique, l’angoisse ainsi que l’inconfort du patient en phase terminale.

Un risque pour les plus vulnérables

Et si le diagnostic posé n’est pas le bon ? Avec la légalisation de l’euthanasie, de nombreux opposants craignent des dérives. Alors que le Canada a décriminalisé l’euthanasie suite à une décision de la Cour Suprême en février 2015, l’association Campagne Québec Vie, aux prises de position très marquées, continue la lutte contre une mesure qu’elle juge source de dérives. « La dépénalisation, indique-t-elle sur un document accessible sur son site internet, est une pente qui mène inévitablement vers un glissement plus large, plus difficile à contrôler ». En effet, une fois l’euthanasie légalisée, les médecins deviennent confrontés aux demandes des patients atteints d’handicaps lourds ou de maladies chroniques. « L’euthanasie deviendra alors une issue thérapeutique vers laquelle des personnes se tourneront pour soulager leurs souffrances, alors qu’il y a beaucoup d’autres options ». Cette décriminalisation engendrerait également, selon l’association, « des pressions sur ces personnes atteintes de maladies chroniques et de handicaps sévères », qui finiront par avoir le sentiment d’être « un fardeau » pour la société et considérer l’euthanasie comme une issue fortement envisageable.

Finalement, l’euthanasie peut-elle concerner les malades du SIDA, les handicapés physiques ou mentaux, les personnes âgées qui ne veulent tout simplement fatiguées de vivre ? Les Pays-Bas envisagent cette dernière possibilité, selon un article publié sur LePoint en 2016, afin de fournir aux personnes qui pensent avoir « accompli leur vie » la possibilité de mourir.

Du côté de la Belgique, ce sont les mineurs qui, depuis une loi adoptée en 2014, peuvent avoir recours à l’euthanasie sans condition d’âge. La première euthanasie sur mineur a été rapportée par le journal belge Le Soir en septembre 2016.

Conclusion

L’euthanasie reste un débat complexe dans lequel les points de vue philosophique, juridique et religieux viennent contrer les témoignages et les demandes des patients en fin de vie.

Pour aller plus loin :

  • « John Stuart Mill et le paternalisme libéral », Archives de philosophie, Christophe Béal.
  • La Loi Leonetti sur le site de Legifrance.gouv.fr (2005) qui vise à lutter contre l’acharnement thérapeutique
  • Un éclairage sur l’euthanasie avec Bernard Marie Dupond, médecin universitaire et professeur de philosophie, sur Arte
  • Euthanasie, suicide assisté, soins palliatifs… le glossaire du Parisien
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Doit-on légaliser l'euthanasie ?

Alexandre TURPYN © Polemik

Credit Photo : Unsplash Kendall Lane

D'une "mort calme et sans souffrances" (Dictionnaire de Médecine Flammarion), il s'agira davantage aujourd'hui d'abréger les souffrances d'un patient atteint d'une maladie incurable en lui donnant la mort. Notons toutefois qu'une distinction s'impose lorsqu'il s'agit d'euthanasie. D'abord, il existe l'euthanasie active pour laquelle un tiers va donner la mort. Puis, l'euthanasie passive pour laquelle il s'agira de mettre fin aux traitements et c'est cet arrêt qui va abréger la vie du malade, s'il n'est pas médicalement possible de le sauver. Il serait alors question de refuser de s'acharner de façon thérapeutique pour un patient pour qui aucune chance n'existe quant à sa guérison.

Quelques pays européens ont légalisé l'euthanasie à l'image du Luxembourg ou de la Belgique. Dès lors qu'une euthanasie est pratiquée et qu'elle est médiatisée, les débats sont relancés entre pro-vie et pro-euthanasie. Tel fut d'ailleurs le cas dernièrement lorsqu'un mineur de nationalité belge décida de mettre fin à ses jours, car la maladie dont il était atteint était incurable.

L'Union européenne ne souhaite pas, pour le moment, adopter une position politique relative à cette question juridique et médicale pourtant si importante. D'autant plus que le principe de primauté du droit européen sur le droit interne imposerait de la part des autorités nationales qu'elles emboitent le pas... Par son silence, elle laisse aux États membres la possibilité de recourir à la législation qu'ils veulent adopter ou non. Tel est également le cas de la Cour européenne de sauvegarde des droits de l'Homme qui, par un arrêt rendu le 29 avril 2002, Pretty c/ Royaume-Uni. Alors, les hautes instances européennes décident que la fin de vie doit être encadrée par les États... Il convient donc de rechercher des réponses dans les groupes parlementaires, les rapports, les propositions ou projets de loi...

Certes, il existe des pays qui autorisent l'euthanasie comme pour le Luxembourg depuis mars 2009 si et, seulement si, la situation médicale est sans issue, mais, à l'inverse de la Belgique, l'euthanasie des mineurs est y proscrite. Toutefois, il est des pays, à l'image de la France, pour lesquels l'euthanasie est interdite, mais dans lesquels il existe une aide à la mort.

Si l'euthanasie active est proscrite dans la plupart des États européens, l'euthanasie passive n'est pour sa part pas illégale. Cette dernière hypothèse consiste donc en un arrêt des soins thérapeutiques apportés au patient avec son accord ou avec l'accord de sa famille. N'ayant plus rien à faire pour sauver le patient, il y aurait un terme à l'acharnement thérapeutique. Parfois législative, parfois prétorienne, la pratique relative à l'euthanasie passive voit de nombreuses applications différentes sur le continent européen.

La France, pour sa part, a décidé que l'euthanasie est illégale. Le Code pénal dans ses dispositions distingue lui aussi l'euthanasie active de l'euthanasie passive en ce que la première provoque directement la mort du patient et est alors assimilé directement à un homicide. Tandis que pour la seconde, il s'agira de non-assistance à personne en danger. Notons cependant que le terme euthanasie n'est pas indiqué tel quel dans ce Code.

En ce qui concerne le Code de déontologie médicale, il est interdit au médecin de "provoquer délibérément la mort" ; il n'en n'"a pas le droit" selon son article 38 alinéa 2. Alors, des violations de la part des médecins pourraient entrainer pour eux des sanctions disciplinaires et des sanctions pénales. La loi n 2005-370 du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie, dite Loi Leonetti, met en place un laisser mourir du patient, "des droits du malade à mourir". Comment cela fonctionne-t-il ? Des médicaments pour limiter la douleur vont lui être administrés, mais ceux-ci ont pour effet secondaire, parfois, d'abréger sa vie. L'euthanasie passive est autorisée, mais pour qu'elle soit valable, il faut qu'elle remplisse des conditions d'application strictes : deux médecins minimum doivent convenir qu'il s'agit de la bonne décision, mais aussi que les proches du malade aient été concertés. D'ailleurs, il faut souligner le fait que cette loi apporte une nouvelle notion en droit français, celle de "testament de vie" en ce que chaque majeur est dans la possibilité de rédiger "des directives anticipées" dans la mesure où il sera incapable dans le futur d'exprimer la volonté qui est la sienne. Cette loi ou plutôt les dispositions qu'elle renferme n'iraient pas aussi loin que certains le voudraient...

Il a fallu véritablement attendre le début de l'année 2011 pour voir les choses évoluer ou, à tout le moins, sembler évoluer. Un projet de loi relatif à la légalisation de l'euthanasie fut rejeté en janvier 2011. Il avait pour dessein de demander la possibilité d'"une assistance médicalisée permettant, par un acte délibéré, une mort rapide et sans douleur". Pourquoi un tel rejet ? Pour le gouvernement, l'autorisation de procéder à l'euthanasie allait contre les fondements juridiques français...

C'est aussi pourquoi le candidat François Hollande à la présidence de la République, avait proposé, lors de sa campagne en 2012, un débat, mais aussi un projet de loi afin d'améliorer les dispositions de la Loi Leonetti et les compléter pour en pallier les difficultés pratiques. Il avait alors promis une légalisation concernant l'euthanasie.

La traduction de cette promesse électorale, cette grande réforme sociétale voulue par le candidat puis président de la République, réside dans la loi n 2016-87 du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie, dite Loi Claeys-Leonetti, qui se veut meilleure en termes d'accompagnement des personnes en fin de vie en ce qu'elle devrait leur permettre de mourir de façon digne, et ce, via une sédation profonde et continue jusqu'à ce que la mort du patient s'en suive.

Il existe donc de nombreuses dispositions législatives qui traitent de l'épineuse question de l'euthanasie et de sa légalisation, de ses synonymes ou non, de ses manifestations, de ses possibilités, des questions qui en découlent en droit français. Plus précisément, il apparait opportun de se demander comment la fin de vie, puisqu'il s'agit véritablement de cela aujourd'hui dans les débats animés et passionnés qu'elle suscite, est-elle envisagée en France ?

Des dispositions législatives relatives à la fin de vie existent bel et bien aujourd'hui dans l'Hexagone dont les dernières feraient véritablement évoluer la façon de penser la fin de vie du malade incurable.



Des dispositions suscitant des interrogations

Le débat qui entoure l'euthanasie ne cesse de déchaîner les passions, aussi bien du côté des pro-vie que des pro-euthanasie. Quoi qu'il en soit, des dispositions existent au grand dam de certains, pour le soulagement d'autres. L'une d'entre elles nécessite de poser par écrit la volonté du malade pour le jour où il ne pourra plus l'exprimer.

- L'euthanasie : un débat qui nécessite de prendre position

Il faut déjà noter qu'il existe dans les hôpitaux français une pratique dite sédative. Le problème survient dès lors qu'elle n'est pas générale et homogène comme le soulignent les deux auteurs de la nouvelle loi.

Des critiques de toute part se font entendre à chaque fois que le débat ressurgit sur la scène médiatique et juridique. Aussi et surtout, les dernières dispositions n'ont pas su y mettre un terme. Deux groupes de parlementaires se sont notamment opposés lors des débats qui ont lieu avant l'adoption de la loi Claeys-Leonetti, le 27 janvier 2016. Il y avait effectivement à droite des parlementaires ainsi que des associations catholiques qui aurait aimé que la loi Leonetti de 2005 ne soit pas modifiée. À gauche maintenant, des parlementaires défenseurs de l'euthanasie, de son utilité dans la société qui considèrent que ladite loi n'allait pas aussi loin qu'elle aurait dû, d'où la nécessité d'adopter le nouveau texte...

Pour faire simple, la nouvelle loi n'est pas si décisive dans ses dispositions pour le droit à mourir pour les pro-euthanasie et ne constitue pas non plus le statut quo tant souhaité par les pro-vie. Personne n'est donc totalement satisfait...

Le nouveau texte prévoit la possibilité d'une sédation profonde et continue impliquant l'arrêt total des traitements, et certains y voient une incitation à la pratique euthanasique. De même pour les parlementaires, la sédation ne cause nullement la mort. Leur question subsiste : quelle est alors sa finalité ? Si les sédatifs sont surdosés, ils causeront la mort du patient, mais sinon la sédation est véritablement utilisée pour apaiser le patient et l'accompagner dans sa fin de vie. Aurait-il fallu créer un dispositif de contrôle de ces pratiques ? La réponse est sûrement oui, du moins pour en estimer la pratique, sa fréquence et surtout les éventuelles dérives qui en découleraient...

- La nécessité d'exprimer par écrit ses directives anticipées

Comme il a été cité dans l'introduction de ce débat, il existe une possibilité pour tout malade d'exprimer par un écrit, "[ses] directives anticipées" pour le cas précis où il serait incapable d'exprimer sa volonté et donc de demander de procéder à son euthanasie. Cette possibilité et même, cette nécessité, renvoient à ce qui a été appelé le "testament de vie".

Pourquoi les choses changent-elles ? D'abord indicatives, elles sont dorénavant contraignantes. Cette possibilité octroyée à tout un chacun permet de refuser purement et simplement un acharnement thérapeutique, mais pas seulement, en ce que la personne peut aussi exprimer le fait qu'elle veuille que tout soit fait pour la maintenir vivante.

La forme que prennent ces directives anticipées varie, d'une simple feuille blanche à un formulaire proposé, par exemple, par l'Assurance-maladie. La forme est donc libre à moins que l'on préfère avoir recours à un document "plus formel".

Si la forme est libre, il n'en reste pas moins que pour le cas où un individu ne saurait pas écrire, deux témoins devront être présents lors de la rédaction pour attester que les souhaits de la personne sont bien respectés.

D'abord "tout puissant" puisqu'ils avaient le dernier mot, les médecins devront maintenant tenir compte de ces directives. Néanmoins, une question surgit et elle n'est pas des moindres. En effet, sont-ils totalement liés par elles ? Non (!) et notamment en cas d'urgence vitale ou encore s'ils les jugent manifestement inappropriées ou bien non conformes à la situation médicale du patient... À la lecture de ces limites, il faut tout de suite se demander qu'est-ce qu'une demande manifestement inappropriée ? Quelles en sont les hypothèses ? La notion n'existe tout simplement pas au point de vue juridique... (sic).

Certes, les dispositions de la nouvelle loi relative à la fin de vie et à l'accompagnement du patient suscitent des interrogations chez les partisans de tout bord : qu'ils soient pro-vie ou pro-euthanasie. Toutefois, cette loi s'inscrit dans une évolution législative et apporte au patient, puisqu'il est le protagoniste initial dans le processus, des possibilités nouvelles. C'est la pratique et le recul qui en seront faits qui permettront de répondre à des interrogations en suspens...

Des nouveautés législatives encourageantes pour les pro-euthanasie

Le droit ne reste pas figé dans le temps, il évolue et chemine au côté du changement de la société, mais aussi et surtout de ses aspirations. Tel est le cas du sujet relatif à la fin de vie. Alors, des dispositions législatives sont apparues dernièrement dans le droit français : une sédation profonde et continue du patient, malade incurable. L'exclusion de l'acharnement thérapeutique est d'ailleurs pour sa part réaffirmée.

- Une sédation profonde et continue du patient

La Loi Claeys-Leonetti veut proposer aux malades incurables de partir dignement via "une sédation profonde et continue" jusqu'à leur mort. Cette possibilité de sédation profonde et continue laisse certains bien songeurs quant aux dérives qui peuvent en découler. Se dirige-t-on vers un tout "euthanasie" dès lors qu'on en fait référence dans ses directives anticipées et que vient le moment si redouté ?

Répondre par l'affirmative serait en réalité trompeur. En fait, les rédacteurs de cette loi se veulent rassurants. Les patients concernés seront précisément ceux "en toute fin de vie" et dont la souffrance qu'ils éprouvent est tout simplement insupportable.

Traitements, soins ? Quésako ? Pour les députés Claeys et Leonetti, qui ont donné leur nom à la loi, hydratation et nutrition ne sont pas des soins, mais ils affirment qu'il s'agit de traitement. Quelle différence ? En quoi est-ce primordial d'en comprendre la distinction ? Simplement parce qu'il est possible d'arrêter les traitements si demande en est faite par le patient... Par conséquent, hydratation et nutrition artificielle pourront être arrêtées si le patient en fait la demande même s'il s'agira toutefois "d'une étude au cas par cas" pour reprendre les termes de Jean Leonetti.

C'est en ce sens que Jean Leonetti, cardiologue de profession, déclare que cette possibilité ressemble à "un droit de dormir avant de mourir pour ne pas souffrir". Pourtant, la technique de la sédation a toujours existé. En effet, elle existait déjà avant l'adoption et la promulgation de cette loi, mais était néanmoins non générale et surtout pas homogène. Alors, la question qu'il faut se poser est la suivante : est-ce qu'au fond, la (nouvelle) loi n'aurait rien changé ?

- Exclusion réaffirmée de l'acharnement thérapeutique

Imposées aux médecins, les directives anticipées ne leur seront en aucun cas opposables. En fait, il faut savoir que la possibilité accordée au patient atteint d'une maladie incurable de recourir à cette sédation ne se confond en aucun cas avec l'euthanasie active ou même passive. Loin de là. Lesdites directives sont donc primordiales lorsqu'il s'agit d'exclure l'acharnement thérapeutique. En fait, il faut noter que peu de personnes, en réalité, procèdent à la rédaction de cet écrit qui pourtant se veut important. Une personne de confiance ou encore la famille du malade, si celui-ci n'est plus en mesure d'exprimer de façon claire et éclairée sa volonté pourront être consultées. Celles-ci pourront alors donner leur avis quant aux suites à donner. Faut-il poursuivre les soins ? C'est une bien épineuse question surtout lorsqu'il s'agit de donner un avis dans un moment où le proche n'est plus présent que physiquement...

Réaffirmation de l'exclusion de l'acharnement thérapeutique ? La réponse ne peut se réduire à une simple affirmation ou négation.

Si dans l'hypothèse où une personne a expressément notifié qu'elle ne souhaitait pas d'acharnement thérapeutique celle-ci se trouve dans un cas qualifié d'urgence vitale, elle pourra être réanimée (sic) alors qu'elle ne le voulait pas et l'avait fait expressément savoir...

C'est une situation fort bien contrariante pour le malade, mais aussi pour sa famille. À quoi bon lui demander son avis si ce n'est pas pour le respecter ?

Sources : Toute l'Europe, Le Monde, La Depêche, Huffingtonpost, Gazette santé social, Caducee, L'Internaute


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